La synchronisation en musique de film : II. Qu’est-ce qu’une piste de clics ?

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La synchronisation en musique de film : II. Qu’est-ce qu’une piste de clics ?

jeudi 15 octobre 2009 Ă  11:17, par Alexis SAVELIEF, dans Musique de film / musique Ă  l’image (et fait partie de la sĂ©rie La synchronisation en musique de film) — ⏱ 3 min.

Si vous avez besoin d’une synchronisation extrĂȘmement prĂ©cise, ou que votre morceau comporte de nombreux points de synchronisation nĂ©cessitant une prĂ©cision trĂšs importante (dead sync points), vous pourriez choisir d’utiliser une « piste de clics » (Max Steiner serait l’inventeur du principe de la piste de clics).

Une piste de clics est un mĂ©tronome, dont la particularitĂ© est d’ĂȘtre adaptĂ© Ă  votre morceau. Vous entendez dans un casque audio « tic-toc-toc-toc, tic-toc-toc-toc, tic-toc-toc-toc », etc. Vous pouvez programmer des changements de mĂ©trique, de tempo, tout autant que des accelerandos et ritardandos.

Indication des clics sur la partition

Sur la partition, une piste de clics est généralement indiquée selon le rythme des « tics ».

À l’époque, une piste de clics devait ĂȘtre prĂ©parĂ©e en perçant de petits trous dans la piste son sur la pellicule, ce qui avait pour effet de produire des clics lorsque le projecteur Ă©tait en marche ! C’est la raison pour laquelle lorsqu’un compositeur de musique de film indique des tempos mĂ©tronomiques prĂ©cis dans ses partitions (ce que ne faisait pas Bernard Herrmann, et John Williams non plus), ceux-ci sont souvent spĂ©cifiĂ©s dans un format d’images par battement (ou images par clic) [frames per beat / frames per click], par opposition aux battements par minute (indication de tempo standard).

Les tempos marquĂ©s en images par clic indiquent en fait le nombre d’images et huitiĂšmes d’image (puisque chaque image de film comporte quatre trous pour permettre au projecteur d’entraĂźner la pellicule) sous la forme suivante : 24 7/8, correspondant Ă  57,89 battements par minute. Pour obtenir une piste de clics avec ce tempo, un trou serait percĂ© toutes les 24 images + 7/8 d’une image, et si le tempo reste le mĂȘme durant tout le morceau, une simple boucle de pellicule pourrait ĂȘtre utilisĂ©e.

Une pellicule 35mm

Une pellicule 35mm (schématisée)

Le gros problĂšme de cette mĂ©thode est qu’il s’agissait d’une tĂąche temporellement coĂ»teuse, rendant de plus les changements Ă  la volĂ©e particuliĂšrement dĂ©licats. Heureusement, de nos jours, avec la popularisation des micro-ordinateurs, Ă©laborer des pistes de clics complexes est devenu aisĂ©, quel que soit le sĂ©quenceur utilisĂ© par le compositeur ou le studio d’enregistrement. Cela explique Ă©galement la rĂ©surgence des indications de tempos standard en nombre de battements par minute, Ă  la place des traditionnelles images par clic.

C’est cette mĂ©thode de piste de clics que nous utilisons pour mon cinĂ©-concert “Nosferatu, Une Symphonie de l’Horreur”.

Cependant, un petit mot d’avertissement s’impose : diriger une partition sur une piste de clics s’avĂšre une technique particuliĂšrement efficace dans les situations impliquant des rythmiques rigoureuses, des sections rĂ©pĂ©titives, de nombreux changements de tempo, et lorsqu’une grande prĂ©cision est requise par un nombre Ă©levĂ© de points de synchronisation. De plus, l’usage des pistes de clics demeure la seule façon viable de procĂ©der lorsque des samples et autres Ă©lĂ©ments prĂ©enregistrĂ©s sont impliquĂ©s. Il convient toutefois de garder Ă  l’esprit qu’il s’agit d’une expĂ©rience parfois Ă©prouvante pour le chef d’orchestre, Ă©tant donnĂ© qu’il n’a pas la possibilitĂ© d’anticiper ce qu’il entendra : le clic suivant peut ĂȘtre difficile Ă  prĂ©parer avant un changement de tempo ou au cours d’un rubato si la construction de la piste de clics n’a pas Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e avec suffisamment de soin, ou est mal indiquĂ©e sur la partition, aussi la prudence est-elle de rigueur !

Pour vous donner une idĂ©e de la rigiditĂ© du truc, voici maintenant un exemple en vidĂ©o, sur une cue de ma partition de cinĂ©-concert pour “Nosferatu, Une Symphonie de l’Horreur” :

(Les overlays de cet exemple ont Ă©tĂ© gĂ©nĂ©rĂ©s avec “Punches & Streamers Studio”,
mon propre logiciel de « punches & streamers »)

â–ș Dans le troisiĂšme article de cette sĂ©rie, nous passerons enfin au timing dit « libre », aux flutters, punches and streamers, et Ă  l’usage du chronomĂštre


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Ce billet fait partie d’une sĂ©rie intitulĂ©e

â–ș La synchronisation en musique de film ◄

Voici un rĂ©capitulatif des articles de la sĂ©rie :

  1. La synchronisation en musique de film : I. Comment synchroniser les notes avec la pellicule ? (jeudi 15 octobre 2009 à 11:04)
  2. La synchronisation en musique de film : II. Qu’est-ce qu’une piste de clics ? (jeudi 15 octobre 2009 à 11:17)
  3. La synchronisation en musique de film : III. Timing libre, et « punches and streamers » (jeudi 15 octobre 2009 à 11:24)
  4. La synchronisation en musique de film : À propos de la dĂ©signation des morceaux ou « cues » (jeudi 15 octobre 2009 Ă  11:31)
  5. “Punches & Streamers Studio” — plongĂ©e dans mes archives personnelles ! (lundi 20 septembre 2021 Ă  16:47)