“Leading Astray”

Concerto pour Cristal Baschet & Orchestre

“Leading Astray”
Concerto pour Cristal Baschet & Orchestre
AS #5-2015
Informations

AnnĂ©es de composition : 2009-2015

DurĂ©e : 36’

Nomenclature : 3 Fl. (1° aussi Pte Fl./2° aussi Fl. A./3° aussi Fl. B.) / 3 Cl. (1° aussi Pte Cl./3° aussi Cl. B.) / 4 Cors / 3 Trp. (aussi Pte Trp.) / 2 Trb. / Timb. / 3 Perc. / Waterphone MegaBass / Gtr. / 2 Synth. / Cristal Baschet solo / 14 Vl. I / 12 Vl. II / 10 A. / 8 Vlc. / 6 Ctb.

Quelques extraits

Making of du Teaser #1
Making of du Teaser #1 de “Leading Astray”, Concerto pour Cristal Baschet & Orchestre de Alexis Savelief
Teaser #1 —
“Teaser Advertising”
Teaser #1 de “Leading Astray”, Concerto pour Cristal Baschet & Orchestre de Alexis Savelief
Teaser #2 —
“Desert Orchestra Stage”
Teaser #2 de “Leading Astray”, Concerto pour Cristal Baschet & Orchestre de Alexis Savelief
Texte de PrĂ©sentation Original — “Bienvenue dans l’Antre du Cristal Baschet”

Suspendues au plafond et posĂ©es le long des murs, des feuilles de tĂŽle, des piĂšces mĂ©talliques en tout genre, une sorte de grand bazar foutraque. Au milieu, la longue table en bois, table de travail et de convives, autour de laquelle on discute, gĂ©nĂ©ralement avec une tasse de thĂ©, dans une ambiance qui conserve quelque chose des annĂ©es 50. Il y a toujours quelqu’un pour passer et se joindre quelques instants Ă  la conversation autour de la table. Puis on descend par une trappe, le long d’un escalier aux marches hautes et abruptes, dans une cave assez spacieuse, amĂ©nagĂ©e confortablement ; quelques tableaux disposĂ©s aux murs, le sol en tatami, des pupitres. Dans un coin, des feuilles coniques en carbone, en fibre de verre et en inox. Dans un autre coin, une tĂŽle Ă  voix. Et au fond, le Cristal.

C’est ici, rue Jean de Beauvais Ă  Paris, dans l’atelier Baschet-Deneuve, que Bernard et François Baschet mĂšnent leurs expĂ©riences de recherche sonore et de lutherie moderne au dĂ©but des annĂ©es 50. C’est ici que les sculptures et fontaines sonores Baschet naquirent les unes aprĂšs les autres. Les Sculptures Sonores et les Structures Sonores, Ă  la fois sculptures et instruments de musique, tout acoustiques Ă  une Ă©poque oĂč l’électronique semblait reprĂ©senter l’avenir. C’est ici le berceau de l’instrument le plus abouti de leurs recherches : le Cristal Baschet. C’est aussi ici que m’a reçu Michel Deneuve, bien avant ce projet, le mĂȘme Michel Deneuve qui travailla avec les frĂšres Baschet dĂšs la fin des annĂ©es 70, pour dĂ©velopper une technique de jeu, un rĂ©pertoire et perfectionner l’instrument.

Car Michel Deneuve, en plus d’ĂȘtre cristaliste, est compositeur et pĂ©dagogue. Il a publiĂ© rĂ©cemment le rĂ©sultat de ses quarante annĂ©es d’expĂ©rience du Cristal Baschet dans une mĂ©thode de Cristal en deux volumes. En plus d’ĂȘtre cristaliste et compositeur, Michel est aussi une personne trĂšs gĂ©nĂ©reuse. C’est sans doute la raison pour laquelle, aprĂšs avoir dĂ©couvert l’instrument, j’avais Ă  cƓur de mener un projet de plus longue haleine pour mettre en valeur l’instrument, dans un contexte symphonique encore assez inhabituel pour le Cristal. Aujourd’hui, aprĂšs pratiquement sept annĂ©es de travail, le Cristal Baschet de Michel Deneuve quitte donc une fois de plus son antre, pour mon Concerto pour Cristal Baschet & Orchestre.

“Leading Astray”, Concerto pour Cristal Baschet & Orchestre est une Ɠuvre en trois mouvements, d’une durĂ©e de trente-cinq minutes environ : I. Kangloufe — II. Putting Ideas Together — III. Appia Antica

En soi, la forme musicale du concerto n’est pas nouvelle ; depuis des siĂšcles, le concerto demeure l’une des formes les plus pĂ©rennes de musique. Pour les compositeurs, le concerto permet d’explorer les possibilitĂ©s d’un instrument. Pour les interprĂštes, cette expĂ©rience soliste leur permet de se confronter Ă  leurs limites techniques et expressives. Pour les auditeurs, elle permet la dĂ©couverte plus poussĂ©e d’un instrument, d’un interprĂšte, et d’un compositeur. Forme presque ludique, le concerto apporte donc Ă  chacun une expĂ©rience musicale, visuelle et Ă©motionnelle.

Chaque instrument, du piano au trombone, de la clarinette au violoncelle, a suscitĂ© l’enthousiasme de bien des compositeurs, parfois eux-mĂȘmes interprĂštes. De nos jours, cet intĂ©rĂȘt ne se dĂ©ment pas et ce genre musical continue de se renouveler, Ă  travers l’oreille des compositeurs d’aujourd’hui.

Imaginons, maintenant, l’alliance de cette forme « classique » Ă  la charge Ă©motionnelle apportĂ©e par les sonoritĂ©s d’un instrument tel que le Cristal Baschet
 Intriguant, envoĂ»tant et pourtant si rĂ©cent, le Cristal, sous les doigts agiles de Michel Deneuve, sait dĂ©jĂ  tirer parti tant de son raffinement visuel que de la beautĂ© de ses sons, suscitant toujours l’émerveillement du public.

MalgrĂ© l’aisance de Michel Deneuve et la facilitĂ© apparente avec laquelle il interprĂšte la partie de Cristal solo, dans les pages de musique exigeantes de mon Concerto pour Cristal Baschet, ses mouvements traversent parfois presque la frontiĂšre tĂ©nue entre le geste musical et des Ă©bauches de pas de danse afin de surmonter les acrobaties techniques auxquelles l’oblige mon Concerto !

EntourĂ© par un orchestre aux couleurs trĂšs typĂ©es, le son si riche et si singulier du Cristal Baschet, tour Ă  tour cuivrĂ© ou lumineux, trouve Ă©cho dans les huit gongs spĂ©ciaux et le Waterphone MegaBass ; des rĂ©sonances dans les sonoritĂ©s chaleureuses de la flĂ»te basse et de la flĂ»te alto ; le vibrato affectueux de l’orgue Hammond B3 se fait caressant dans l’ombre du Cristal ; les pianos de saloon piaillent en stĂ©rĂ©ophonie ; de quelques notes inquiĂ©tantes, les cuivres se tapissent dans l’ombre d’une mer de cordes, se joignant au tableau mouvant d’un chemin incertain. Du capharnaĂŒm le plus absolu au calme le plus intime, de l’agitation la plus dĂ©sorganisĂ©e Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ© la plus douce, le Cristal Baschet traverse toute la partition avec la bienveillance d’un promeneur solitaire qui se ferait au passage quelques amis.

Et quand le soliste s’appelle Michel Deneuve, qui n’a jamais semblĂ© connaĂźtre le mot « impossible » lors de nos sessions de travail, on dĂ©passe alors la rencontre d’un instrument encore trop peu connu avec un public, pour ne garder qu’une belle rencontre tout court.

Alexis Savelief
Texte de Présentation à Orientation Musicale

Mon Concerto pour Cristal Baschet & Orchestre “Leading Astray” est une Ɠuvre en trois mouvements : I. Kangloufe — II. Putting Ideas Together — III. Appia Antica.

Le premier mouvement, “Kangloufe”, commence sur une seule note au Cristal Baschet, auquel se joint progressivement l’orchestre, dans une texture Ă  la fois statique — par les notes — et mouvante — par la mise en scĂšne des timbres. Peu Ă  peu, le Cristal Baschet nous montre ses richesses. Le Concerto se dĂ©veloppe alors comme une sĂ©duction — par le Cristal, d’abord inconnu, dont nous dĂ©couvrons les possibilitĂ©s au compte-goutte, comme si nous devions l’apprivoiser. Le voyage accompli, parvenus au point de vue le plus Ă©levĂ© de l’Ɠuvre, le panorama nous rĂ©vĂšle un tour d’horizon quasi-exhaustif de ses possibilitĂ©s. Dans le mĂȘme temps, l’orchestre se comporte en explorateur, rĂ©agissant au Cristal ou le contrariant, lui rĂ©pondant en tentant d’imiter ses sonoritĂ©s, tel un camĂ©lĂ©on musical, ou le menaçant de la puissance de ses masses sonores.

Car “Leading Astray” s’apparente Ă  un voyage sensuel au cƓur de mon univers musical. En plongeant dans cette Ɠuvre, le Cristal Baschet soliste, Ă  l’image d’un promeneur solitaire, vous entraĂźne Ă  sa suite, sur un petit sentier. Sous vos pas, autour de vous, l’orchestre se mĂ©tamorphose, prenant la place et les reliefs du paysage que vous traversez. BientĂŽt loin du sentier, du chemin ne reste plus que le souvenir du titre “Leading Astray” — « menant hors du chemin/dĂ©tournant du chemin ».

Peu Ă  peu, la notion du temps disparaĂźt ; le poids des secondes sombre dans les contours de plus en plus flous de repĂšres temporels de moins en moins dĂ©finis, comme une goutte d’encre tombant dans l’eau se dissipe en formant d’abord un nuage colorĂ©, de plus en plus imprĂ©cis, de plus en plus diffus, de plus en plus transparent. L’auditeur peut alors s’abĂźmer dans les grands espaces contemplatifs — en surface —, mais jamais complĂštement statiques, longeant et traversant de longues plages d’immobilitĂ© sereine, sous les rayons tiĂšdes du soleil estival de fin d’aprĂšs-midi.

A contrario, plus nous avançons dans l’Ɠuvre, plus les contours de ses formes se prĂ©cisent, dans une alternance de climax et de repos. Parfois le Cristal s’égare, traverse des plateaux arides, sans savoir comment il a bien pu arriver jusqu’à cet endroit. Aux jeux de textures d’abord, se mĂȘle bientĂŽt la mouvance des timbres, dont les Ă©chos spatialisĂ©s mettent en valeur l’ambiguĂŻtĂ© de plus en plus prononcĂ©e : Est-ce du Cristal ? Du Waterphone ? Du gong ? De la flĂ»te basse ?

Mais lorsque vient l’ébullition des mille timbres orchestraux, l’orchestre s’embrase alors tout entier, dans une agitation exacerbĂ©e.

J’ai tentĂ© d’extraire en grande partie le matĂ©riau musical du Concerto directement Ă  partir des spĂ©cificitĂ©s des instruments spĂ©ciaux que j’utilise dans cette Ɠuvre, afin de travailler une matiĂšre aussi organique que possible — les longues gammes chromatiques de la partie soliste sont tirĂ©es du chromatisme du clavier du Cristal Baschet, plusieurs harmonies sont issues du spectre de mon Waterphone MegaBass ou du halo composĂ© des harmoniques propres du gong Sedna, alors que certains motifs mĂ©lodiques proviennent de la signature sonore de mon Waterphone MegaBass, fabriquĂ© pour moi par Richard Waters en 2011.

Alexis Savelief
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