“La Femme à l’Orchestre”

Conte Musical pour comédienne & orchestre

“La Femme à l’Orchestre”
Conte Musical pour
comédienne & orchestre
AS #8-2020
Informations

Commanditaire : Commande de l’Orchestre National de Bretagne

AnnĂ©es de composition : 2019-2020

DurĂ©e : environ 1h de spectacle (dont 50’ de musique)

Nomenclature : ComĂ©dienne / 2 Fl. (2° aussi Pte Fl.) / 2 Htb. (2° aussi C.A.) / 3 Cl. (3° Cl. B.) / 2 Bsn / 2 Cors / 2 Trp. / Timb. / 2 Perc. / Hpe / 9 Vl. I / 7 Vl. II / 5 A. / 4 Vlc. / 3 Ctb.

Présentation

Que se passerait-il si, un matin, vous vous rĂ©veilliez avec un orchestre au pied de votre lit ?
 Comment apprivoiser une quarantaine de musiciens, qui vous suivraient partout Ă  longueur de journĂ©e, interprĂ©tant en direct la bande-son de vos Ă©motions ?

Tel est le postulat de dĂ©part de “La Femme Ă  l’Orchestre”, de Olivier Cohen, que j’ai eu la chance de pouvoir mettre en musique.

“La Femme à l’Orchestre”, c’est donc la rencontre entre l’univers de Olivier Cohen, et mon propre univers musical.

Les Prémices du Projet

Lorsque Olivier Cohen est venu me trouver, en octobre 2016, pour me parler de ses contes musicaux, j’ai tout de suite Ă©tĂ© sĂ©duit par un conte en particulier. Ce conte.

“La Femme à l’Orchestre”.

Pourtant, le chemin fut long, de notre premiÚre rencontre à la partition achevée.

Plusieurs aspects posaient problĂšme : une telle histoire, dans laquelle l’Orchestre (avec un « O » majuscule) tenait un rĂŽle aussi central, d’abord antagoniste dans les premiers stades de l’élĂ©ment perturbateur, puis protagoniste vers la fin du conte, ne pouvait se concevoir avec un simple ensemble de musique de chambre, composĂ© de trois ou quatre musiciens. Parler de pratiquement tous les pupitres de l’orchestre, pour ne voir sur scĂšne qu’un pipeau, un violon et un trombone
 Pas question ! Sans compter que je suis avant tout un symphoniste.

Non, pour “La Femme Ă  l’Orchestre”, il nous fallait
 un orchestre ! Il peut paraĂźtre trivial de parvenir Ă  cette dĂ©duction lumineuse, mais la mettre en pratique s’avĂ©rait tout de suite plus
 dĂ©licat


C’est bien ce cadre que nous avons trouvĂ© auprĂšs de l’Orchestre National de Bretagne (ONB), toujours engagĂ© auprĂšs des crĂ©ateurs pour constituer le rĂ©pertoire d’aujourd’hui qui deviendra, qui sait, peut-ĂȘtre celui de demain lorsque le temps aura fait son office d’impitoyable trieur !

Marc Feldman, administrateur de l’Orchestre National de Bretagne, a tout de suite Ă©tĂ© emballĂ© lorsque je lui ai soumis ce projet, dĂšs les prĂ©mices de ma rĂ©sidence avec l’ONB. Le dĂ©partement d’action culturelle a lui aussi immĂ©diatement accrochĂ© avec le synopsis que nous leur proposions, ce qui a dĂ©bouchĂ© sur un travail parallĂšles d’un an, avec trois classes de l’école Pagnol de Rennes et leur intervenante musicale, Anne Berry, ainsi que leurs enseignantes respectives. D’ailleurs, le carrousel de photographies qui agrĂ©mente cette page vous montre des clichĂ©s de certains des dioramas rĂ©alisĂ©s par l’une de ces classes.

La genĂšse de la composition musicale

Jonglant entre toutes mes activitĂ©s connexes et annexes, il m’a fallu ensuite un an et demi pour Ă©crire la partition de plus de quarante-cinq minutes qui accompagne les mots d’Olivier Cohen.

De son cĂŽtĂ©, Olivier m’a avouĂ© que ce projet de conte musical, qu’il portait depuis une dizaine d’annĂ©es, lui tenait particuliĂšrement Ă  cƓur, et qu’il avait dĂ©jĂ  fait subir Ă  son texte d’innombrables rĂ©-Ă©critures.

Étant donnĂ© la nature particuliĂšre de ce conte musical, j’ai abordĂ© l’élaboration de cette Ɠuvre Ă  moitiĂ© comme un opĂ©ra-comique, Ă  moitiĂ© comme une musique de film sans film. À l’arrivĂ©e, le spectacle se compose d’une succession de 20 numĂ©ros musicaux — 22 en comptant les versions alternatives —, pour un total d’un peu moins d’une heure (dont 50 minutes de musique environ).

Quand tout est fluide, quand tout s’agence bien sur scĂšne, le spectateur ne se rend pas toujours compte du travail considĂ©rable nĂ©cessaire pour mener Ă  bien un tel projet. Car “La Femme Ă  l’Orchestre” est rĂ©solument un projet d’envergure : “La Femme Ă  l’Orchestre”, c’est 243 pages d’orchestre divisĂ©es en 20 morceaux (22 en comptant les versions alternatives), 773 pages de matĂ©riel (parties sĂ©parĂ©es destinĂ©es Ă  l’ensemble des musiciens), 1 414 mesures et 98 625 notes de musique ! Rien que ça. À quoi il faut ajouter les rĂ©pĂ©titions de l’orchestre seul, le rĂ©glage de la mise en scĂšne et des lumiĂšres, le calage entre la comĂ©dienne et l’orchestre


Une Myriade de Styles Musicaux

Quoi qu’il en soit, “La Femme Ă  l’Orchestre” fut pour moi Ă  la fois un challenge, mais aussi une Ɠuvre trĂšs amusante Ă  Ă©crire, car il s’agit essentiellement de pastiche (en surface). Au cours du conte, et donc de la partition, beaucoup de styles variĂ©s se cĂŽtoient. N’ayant qu’une culture musicale trĂšs limitĂ©e et ne connaissant strictement rien aux styles musicaux, “La Femme Ă  l’Orchestre” est donc une sorte de pastiche, non pas de styles bien dĂ©finis, mais de l’idĂ©e que je me fais de tous ces styles que je ne connais pas !

Ainsi, ma partition ne vous donnera Ă  entendre aucun style musical « pur », seulement des rĂ©appropriations plus ou moins assimilĂ©es, plus ou moins Ă©vocatrices de certains styles, mais toujours digĂ©rĂ©es par mon prisme de compositeur essentiellement portĂ© sur la matiĂšre symphonique. Une sorte de point d’équilibre assez dĂ©licat Ă  trouver, d’autant que l’effectif instrumental de l’orchestre, avec peu de cuivres et peu de graves, rendait nĂ©cessaire de trouver des Ă©quivalents Ă  certaines couleurs musicales, afin de les conformer Ă  la nomenclature disponible.

GrĂące aux longues discussions que j’ai eues avec Olivier au seuil de la composition, j’ai privilĂ©giĂ© la libertĂ© de ton (musicalement parlant), en cherchant Ă  laisser la musique toujours chercher Ă  s’échapper, Ă  sortir du cadre et des barres de mesures, pleine de fantaisie, lĂ©gĂšrement en dĂ©calage parfois, toujours fluide, inventive, toujours en mouvement, de spontanĂ©itĂ© nĂ©cessairement factice, pleine de moments qui sortent des rails, qui dĂ©rapent, qui dĂ©raillent, qui dĂ©tonnent ! Une musique familiĂšre autant que surprenante, tout en essayant de rĂ©aliser un amalgame cohĂ©rent, et un puzzle de styles qui fonctionne dans la continuitĂ©. Olivier Cohen m’avait rassurĂ© trĂšs tĂŽt Ă  ce sujet, en me prĂ©conisant de ne pas m’en prĂ©occuper.

Il m’a aussi fallu faire des choix, car dans une mĂȘme phrase, le texte d’Olivier appelait parfois 5 ou 6 styles musicaux diffĂ©rents : Ce qui fonctionne sans problĂšme dans une phrase de littĂ©rature, requiert musicalement au moins 20 Ă  30 secondes pour installer l’essence d’un style donnĂ©, ce qui, avec un mĂ©dium aussi ancrĂ© dans la temporalitĂ© que l’est la musique, ne m’aurait pas permis de condenser l’action suffisamment rapidement si j’avais Ă©tĂ© trop littĂ©ral.

Le rĂ©sultat est une partition kalĂ©idoscopique et protĂ©iforme, que j’espĂšre pleine d’humour et de drame, Ă  l’image du conte et des situations que doit affronter « La Femme » de l’histoire. L’orchestre s’y fait tour Ă  tour enjouĂ©, charmeur, bousculant, intimidant, menaçant, bouleversant, touchant, triste, clinquant, chatoyant, tape-Ă -l’Ɠil : en un mot, un orchestre flamboyant !

Aucun ThĂšme RĂ©current : une InventivitĂ© PerpĂ©tuellement RenouvelĂ©e

La partition comportait une difficultĂ© supplĂ©mentaire : ConformĂ©ment au souhait d’Olivier, je devais me renouveler en permanence, avec l’obligation d’ĂȘtre inventif, sans jamais pouvoir me reposer sur un thĂšme rĂ©current (leitmotiv) — ce qui aurait Ă©tĂ© la facilité —, car par dĂ©finition l’orchestre est censĂ© ĂȘtre spontanĂ© et improviser ce qui lui passe par la tĂȘte (en relation bien sĂ»r avec les Ă©motions fugaces qu’il met en musique).

J’ai aussi choisi d’écrire ma partition en tirant parti au maximum de ce que me permet l’orchestre symphonique. Pour souligner la puissance des Ă©motions et la force colossale que peut reprĂ©senter un orchestre, l’accompagnement musical prend souvent les atours d’une « drama queen », avec un aspect dramatique trĂšs prononcĂ©, exacerbĂ© mĂȘme, thĂ©Ăątral parfois, et souvent excentrique.

DualitĂ© Musicale dans un Univers IntermĂ©diaire de l’Onirisme et du Monde RĂ©el

Les situations proposĂ©es dans le conte tendent vers l’absurde si nous les prenons avec pour rĂ©fĂ©rent le monde rĂ©el tangible dont nous faisons l’expĂ©rience quotidiennement, les situations improbables se heurtant Ă  notre conception de l’impossible dans le monde rĂ©el. Prises selon un prisme cartoonesque en revanche, les situations du conte prennent vie dans un univers dĂ©licieusement et joyeusement dĂ©calĂ©, qui s’affranchit du plausible dont nous faisons l’expĂ©rience jour aprĂšs jour, tout en le faisant avec le plus grand sĂ©rieux, et avec toutes les apparences du rĂ©alisme au niveau de l’image. Un double niveau, donc : Une imagerie rĂ©aliste — ou qui du moins en revĂȘt toutes les apparences —, sur des situations cartoonesques avec, nĂ©anmoins, les fondements du monde rĂ©el, pour lui permettre de se reposer solidement sur et de s’ériger au-dessus d’un socle auquel nous puissions nous identifier un minimum.

J’ai donc voulu crĂ©er avec ma partition un monde intermĂ©diaire, oĂč histoire et musique puissent se rejoindre, dans une rĂ©alitĂ© Ă  mi-chemin entre ce que l’on pourrait appeler le « monde rĂ©el » et le « monde du cartoon », oĂč tout est (en principe) possible. J’ai donc souvent poussĂ© assez loin le curseur « exagĂ©ration ».

Parfois j’ai placĂ© l’orchestre au prĂ©sent de l’énonciation, parfois au prĂ©sent de la narration, afin d’explorer les diffĂ©rentes facettes que m’offrait la mise en musique de ce joli conte concoctĂ© par Olivier Cohen.

Enfin, j’ai toujours imaginĂ© que l’action du conte se dĂ©roulait dans les annĂ©es 80, rĂ©tros, un peu ringardes, mais tellement sympas ! Lointainement rĂ©volues, dĂ©jĂ , mais pas encore si lointaines que nous en soyons totalement coupĂ©s dans les influences que nous subissons au quotidien. L’époque parfaite pour Ă©quilibrer un monde pourvu des apparences du rĂ©el tout en Ă©tant dĂ©pourvu de la plausibilitĂ© des situations (en tout cas, dans une lecture du conte au premier degrĂ©).

Ce choix des annĂ©es 80 n’implique que moi, puisqu’aucune indication d’Olivier Cohen ne va explicitement en ce sens. L’époque reste assez indĂ©finie et intemporelle dans le texte, voire atemporelle. Aucune mention de technologie, d’ordinateurs ni de smartphones : nulle mention de wifi ou de rĂ©seau 5G ! Un monde encore analogique et humain. Un monde presque reposant. Un monde pas encore polluĂ© par l’omniprĂ©sence et l’omnipotence des technologies, des algorithmes d’intelligence artificielle et du machine-learning.

Alexis Savelief
Vous avez aimĂ© cette Ɠuvre ?
DĂ©couvrez maintenant “Nosferatu, Une Symphonie de l’Horreur”, cinĂ©-concert pour 13 musiciens de Alexis Savelief, autour du chef-d’Ɠuvre du cinĂ©ma muet de Friedrich Wilhelm Murnau (1921) !