La synchronisation en musique de film : III. Timing libre, et « punches and streamers »

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La synchronisation en musique de film : III. Timing libre, et « punches and streamers »

jeudi 15 octobre 2009 Ă  11:24, par Alexis SAVELIEF, dans Musique de film / musique Ă  l’image (et fait partie de la sĂ©rie La synchronisation en musique de film) — ⏱ 4 min.

Si vous avez besoin d’un certain degrĂ© de flexibilitĂ© et de rubato naturel, vous pouvez diriger la musique en « timing libre ». L’intĂ©rĂȘt principal de cette mĂ©thode rĂ©side dans la possibilitĂ© de rendre la musique plus vivante, de lui pourvoir une fraĂźcheur faisant dĂ©faut aux enregistrements rĂ©alisĂ©s au moyen d’une piste de clics.

Vous pouvez donc diriger la partition complĂštement librement, s’il s’agit d’un court morceau, ou en utilisant une horloge / un chronomĂštre. Évidemment, si de nombreux points de synchronisation sont prĂ©sents, en particulier des dead hit points, ou de nombreux changements de tempo, cette technique est dĂ©conseillĂ©e, mais cela reste une alternative aux horizons intĂ©ressants pour des morceaux vraiment basiques, dĂ©pourvus de toute complexitĂ©.

Si vous cherchez une technique plus organique qu’une piste de clics pour enregistrer votre musique, mais que les nĂ©cessitĂ©s du morceau vous interdisent l’utilisation d’une horloge, il vous reste l’un des meilleurs dispositifs pour parvenir Ă  une grande prĂ©cision, tout en permettant de laisser une vie musicale Ă  la partition : il s’agit du systĂšme dit des « flutters, punches and streamers » (clignotements, perforations et bandes) !

Les « flutters » (aussi appelĂ©s « flutter punches » ou encore « reference punches ») sont des flashs (en gĂ©nĂ©ral un seul, ou en sĂ©quence de trois, cinq ou sept, sĂ©parĂ©s par une image non traitĂ©e entre chaque), indiquant un endroit particulier dans le morceau, une barre de mesure, mais en tout cas pas un point de synchronisation serrĂ©e (dead hit), davantage pour indiquer un simple repĂšre au chef d’orchestre lui permettant de savoir s’il prend de l’avance ou du retard.

Exemple de « flutters »

Exemple d’une grappe de « flutters »

Ce systĂšme est Ă©galement connu sous le nom de « SystĂšme Newman » (car Alfred Newman, directeur musical du dĂ©partement musique des studios de la Twentieth Century Fox de 1939 Ă  1960, passe pour ĂȘtre l’inventeur de cette technique). À l’origine les flutters Ă©taient obtenus en faisant des trous dans la pellicule au moyen d’une perforeuse, ce qui avait pour effet de produire un flash lumineux lorsque l’image passait devant la lampe du projecteur.

Indication des flutters sur la partition Indication alternative des flutters sur la partition

Sur la partition, les flutters s’indiquent par une croix simple, ou par une croix inscrite dans un cercle, placĂ©e au-dessus des portĂ©es, Ă  l’endroit exact oĂč les flutters seront affichĂ©s.

Les « punches and streamers » sont une façon plus Ă©voluĂ©e d’indiquer les points de synchronisation, souvent utilisĂ©s en combinaison avec des flutters.

Une bande traverse l’écran de gauche Ă  droite, permettant au chef d’orchestre de prĂ©parer le synchronisme, et lorsque la bande arrive au bout de l’écran, un flash lumineux se produit, Ă  l’image prĂ©cise oĂč le point de synchronisation est placĂ©.

Exemple de « punch & streamer »

Exemple d’un « streamer », suivi d’un « punch »

À l’aube de la musique de film, la bande Ă©tait en fait un trait tirĂ© sur la pellicule (c’est pourquoi la ligne Ă©tait traditionnellement inclinĂ©e) pour une longueur de trois pieds (2 secondes), quatre pieds (2,67 secondes, la durĂ©e utilisĂ©e par John Williams !), ou cinq pieds (3,33 secondes). Les punches and streamers peuvent revĂȘtir diffĂ©rentes couleurs (en gĂ©nĂ©ral jaune pour indiquer le compte Ă  rebours, vert pour le dĂ©but du morceau, bleu pour indiquer une interruption dans les clics, et rouge pour la double barre de fin, alors que le blanc sert pour tous les points intermĂ©diaires, mais n’importe quelle couleur peut ĂȘtre utilisĂ©e selon les prĂ©fĂ©rences du chef d’orchestre).

Indication d’un « streamer » sur la partition

Sur la partition, les streamers s’indiquent par un T couchĂ©, au-dessus du systĂšme, la barre de fin prenant place exactement au point de synchronisation oĂč le punch apparaĂźtra.

Vous pouvez bien sĂ»r tout Ă  fait utiliser des flutters, punches and streamers avant le processus de composition, si vous Ă©crivez avec Finale, Sibelius, Digital Performer ou un autre logiciel de notation musical ou sĂ©quenceur. Si vous dĂ©finissez des points-clĂ©s et gĂ©nĂ©rez une copie de travail des morceaux, lors de votre travail dans votre logiciel, vous pourrez ensuite aisĂ©ment savoir oĂč vous envisagiez ou dĂ©siriez fermement souligner un Ă©lĂ©ment prĂ©sent Ă  l’image, sans avoir Ă  vous reporter Ă  chaque seconde Ă  vos notes de repĂ©rage de timing (spotting notes).

Un dernier mot avant de terminer cet article et cette sĂ©rie sur la synchronisation en musique de film : nous venons d’évoquer sĂ©parĂ©ment les techniques de synchronisation les plus rĂ©pandues et mobilisables, mais il est parfaitement envisageable de les combiner, en commençant par exemple l’introduction tranquille d’un morceau avec des punches and streamers, avant de passer Ă  des clics pour une section plus exigeante, et terminer en dirigeant avec un simple chronomĂštre.

Voici maintenant un exemple en vidĂ©o. Reprenons la mĂȘme cue que la derniĂšre fois, tirĂ©e de ma partition de cinĂ©-concert pour “Nosferatu, Une Symphonie de l’Horreur” :

(Exemple gĂ©nĂ©rĂ© avec “Punches & Streamers Studio”, mon propre logiciel de « punches & streamers »)

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Ce billet fait partie d’une sĂ©rie intitulĂ©e

â–ș La synchronisation en musique de film ◄

Voici un rĂ©capitulatif des articles de la sĂ©rie :

  1. La synchronisation en musique de film : I. Comment synchroniser les notes avec la pellicule ? (jeudi 15 octobre 2009 à 11:04)
  2. La synchronisation en musique de film : II. Qu’est-ce qu’une piste de clics ? (jeudi 15 octobre 2009 à 11:17)
  3. La synchronisation en musique de film : III. Timing libre, et « punches and streamers » (jeudi 15 octobre 2009 à 11:24)
  4. La synchronisation en musique de film : À propos de la dĂ©signation des morceaux ou « cues » (jeudi 15 octobre 2009 Ă  11:31)
  5. “Punches & Streamers Studio” — plongĂ©e dans mes archives personnelles ! (lundi 20 septembre 2021 Ă  16:47)