Vieux films et bonnes histoires / Films contemporains et effets spéciaux

Blog “Dans l’Atelier du Compositeur” & “Sculpteur de Notes”

Vieux films et bonnes histoires / Films contemporains et effets spéciaux

samedi 14 novembre 2009 Ă  19:05, par Alexis SAVELIEF, dans CinĂ©ma, RĂ©flexions / Questionnements — ⏱ 3 min.

Sans aller jusqu’à emprunter la premiĂšre rĂ©plique du film OpĂ©ration Espadon, prononcĂ©e par John Travolta : “Le problĂšme Ă  Hollywood, c’est qu’on y fait de la merde”, je constate malheureusement, et de plus en plus souvent, que les bonnes histoires, bien racontĂ©es, avec un rythme appropriĂ©, se font rares au cinĂ©ma.

Certes, les vieux films sont en noir et blanc, ou en couleurs qui bavent un peu, mais lorsque la technique limitait les possibilités, les réalisateurs et scénaristes savaient donner du rythme à leurs films, raconter une bonne histoire en 1h30. Les acteurs et actrices savaient jouer, les dialogues étaient souvent ciselés avec soin. Les défauts des premiÚres pellicules couleur ou la limitation du noir et blanc étaient exploitées avec succÚs.

La technologie ne permettait pas de retoucher des prises, ou d’élaborer de complexes effets spĂ©ciaux (certains demeurent toutefois Ă©poustouflants pour l’époque), tout ce qu’avaient les cinĂ©astes Ă©tait le talent de toutes ces personnes Ă  leur disposition, un talent plus direct : on devait rĂ©ussir la prise telle quelle, pas de raccordements ultĂ©rieurs possibles, les mouvements de camĂ©ras devaient ĂȘtre prĂ©vus soigneusement : impossible d’effacer des rails de travelling, ou des micros dans le champ.

D’autre part, les films Ă©taient couramment prĂ©sentĂ©s en double sĂ©ance, d’oĂč une durĂ©e essentiellement limitĂ©e Ă  1h30, obligeant Ă  la concision.

Certes, le rĂ©alisme pĂątissait souvent de ces limitations et de l’air du temps, les clichĂ©s faisaient lĂ©gion, mais aprĂšs tout le cinĂ©ma n’est pas fait pour raconter seulement la rĂ©alitĂ© mais pour faire rĂȘver et divertir, si possible utilement. Je garde un souvenir incroyable de nombre de vieux films, sĂ»rement aussi parce que le temps a dĂ©jĂ  fait son tri.

De nos jours, quel film dure moins de deux heures ? Et souvent plus
 Quel film n’utilise pas d’effets spĂ©ciaux, ne serait-ce que pour effacer un micro entrant dans le cadre ou incruster un supermarchĂ© derriĂšre le personnage alors que la scĂšne a Ă©tĂ© tournĂ©e en studio ?

J’exagĂšre, mais malheureusement la technologie prend de plus en plus le pas sur l’histoire. Le cinĂ©ma c’est du divertissement bien sĂ»r, mais c’est surtout raconter des histoires. C’est un peu comme si un Ă©crivain casait toute une liste de mots compliquĂ©s dans un roman pour montrer qu’il connaissait ces mots peu employĂ©s, indĂ©pendamment de la nĂ©cessitĂ© pour l’histoire d’ĂȘtre racontĂ©e avec ces mots. Les bonnes histoires se font rares, les rĂ©alisations sont de plus en plus friandes d’effets en tous genres, d’effets sonores diffusĂ©s au volume maximum, de scĂšnes de sexe, et d’une longueur dĂ©mesurĂ©e pour au final avoir vu pendant trois heures des explosions et des mecs se tuer entre eux
 pour en mettre plein la vue, plein les oreilles, et surtout pas trop dans la tĂȘte
 aprĂšs tout, un scĂ©nario creux c’est comme un plat ratĂ©, il faut bien le faire passer


On bĂ©nĂ©ficie aujourd’hui de possibilitĂ©s incroyables pour retoucher les couleurs (certains rĂ©alisateurs en font un brillant usage), pour mettre en jeu des effets de mise en scĂšne et de montage, tout ça pour altĂ©rer la perception du spectateur. Il n’empĂȘche que sans histoire, tous ces moyens techniques restent vains.

Exactement comme en composition d’ailleurs : Ă©crire avec ordinateur pourquoi pas, tant qu’on sait ce qu’on fait, et pourquoi on le fait.

Heureusement, les exceptions existent, il y a toujours des personnes talentueuses pour Ă©crire, rĂ©aliser, et jouer dans des films de qualitĂ©, il est toutefois dommage qu’une grande partie des jeunes gĂ©nĂ©rations ne prennent le temps de dĂ©couvrir l’hĂ©ritage des vieux films