CinĂ©ma : “Coco Chanel & Igor Strawinsky”

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CinĂ©ma : “Coco Chanel & Igor Strawinsky”

mercredi 30 dĂ©cembre 2009 Ă  21:14, par Alexis SAVELIEF, dans CinĂ©ma, DĂ©couvertes — ⏱ 2 min.

Aujourd’hui sortait le film Coco Chanel & Igor Strawinsky, de Jan Kounen, avec Mads Mikkelsen et Anna Mouglalis.

Si vous aimez le cinĂ©ma, si vous aimez Strawinsky, et si vous aimez les costumes d’époque, l’ambiance du dĂ©but du XXĂš siĂšcle, lorsqu’on revĂȘtait encore un habit assorti d’un haut de forme pour se rendre Ă  l’OpĂ©ra, d’une chemise Ă  plastron et gougeons de chemise, de faux cols, et de costumes trois piĂšces, vous aimerez sĂ»rement ce film.

Si la ressemblance de Mads Mikkelsen avec Igor Strawinsky est loin d’ĂȘtre aussi flagrante que celle d’Éric Elmosnino dans le film Ă  venir Gainsbourg, vie hĂ©roĂŻque, le film bĂ©nĂ©ficie d’une superbe esthĂ©tique, tant au niveau de la lumiĂšre que des cadrages et mouvements de camĂ©ra, aussi bien dans les costumes que dans les dĂ©cors (la maison de Coco Chanel), sans pourtant rien de tape-Ă -l’Ɠil.

En outre, les enfants d’Igor, leur gouvernante, ainsi que les dialogues entre Igor et sa femme Katia, sont en russe (avec un accent authentique !), sous-titrĂ©s en français.

Mais si le film sera peut-ĂȘtre un peu lent au goĂ»t de certains, s’intĂ©ressant, avec pudeur, Ă  saisir les atmosphĂšres et les tensions assaillant Strawinsky et Coco, l’utilisation de la musique du grand maĂźtre russe s’avĂšre diablement efficace. L’underscore de Gabriel Yared, terne et peu fouillĂ©, en comparaison, m’a paru dĂ©tonner, mais cela n’implique que moi.

Le plus grand moment du film, me scotchant littĂ©ralement Ă  mon siĂšge, est indubitablement la reconstitution de la premiĂšre reprĂ©sentation du Sacre du Printemps par les ballets russes de Serge de Diaghilev, le 29 mai 1913 au thĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es. De l’attente prĂ©cĂ©dant le dĂ©but du concert, avec une tension extrĂȘmement forte, au scandale gagnant progressivement la salle, avec des mouvements de camĂ©ra trĂšs travaillĂ©s, Jan Kounen a rĂ©ussi lĂ  un trĂšs grand moment de cinĂ©ma, oĂč l’on oublie que nous sommes Ă  la veille de 2010, oĂč l’on oublie que nous sommes au cinĂ©ma. Nous sommes le 29 mai 1913, Ă  Paris, au thĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es, et le Sacre est jouĂ© pour la premiĂšre fois. La gestion du temps de cette sĂ©quence nous donne l’illusion d’assister rĂ©ellement Ă  cette reprĂ©sentation, il y a un siĂšcle, et en temps rĂ©el. Les raccourcis sont subtilement bien gĂ©rĂ©s, et aprĂšs ce tour de force en ouverture du film, le reste du film se dĂ©roulera dans un tempo beaucoup plus calme.

En somme, pour moi Jan Kounen vient de rĂ©ussir une Ɠuvre magistrale, teintĂ©e d’inconscience, Ă©tant donnĂ© l’ambitieuse idĂ©e de reconstituer le concert historique de CrĂ©ation du Sacre.

Un dernier conseil
 restez jusqu’à la fin du gĂ©nĂ©rique.