Orchestration, choix des timbres, et du bon usage du contre-pied instrumental

Blog “Dans l’Atelier du Compositeur” & “Sculpteur de Notes”

Orchestration, choix des timbres, et du bon usage du contre-pied instrumental

lundi 8 fĂ©vrier 2010 Ă  11:26, par Alexis SAVELIEF, dans CrĂ©ativitĂ© musicale, Dans l’atelier du compositeur, Instrumentation & Orchestration, Orchestration — ⏱ 2 min.

En orchestration, l’efficacitĂ© prime souvent sur l’originalitĂ©, en tout cas chez la plupart des orchestrateurs “communs”.

Il est pourtant souvent encore plus efficace de prendre le contre-pied de la tradition, en dĂ©tournant les instruments de leur utilisation habituelle, ou en les poussant au-delĂ  de leurs limites. Et je n’entends pas par lĂ  Ă©crire des effets — je reste ici dans l’orchestration classique.

Pour vous donner une idée de ce dont je parle, quelques exemples :

Dans l’orchestration des Tableaux d’une Exposition de Modeste Moussorgski, Maurice Ravel confie la ligne mĂ©lodique Ă  un tuba solo dans la piĂšce intitulĂ©e Bydlo. Beaucoup plus doux et expressif qu’un cor ou un trombone.

Toujours chez Ravel, le contrebasson est mis Ă  l’honneur dans les Entretiens de la Belle et la BĂȘte dans Ma MĂšre l’Oye.

Dans Les Dents de la Mer, John Williams confie le motif mĂ©lodique Ă  un tuba dans l’aigu, beaucoup plus tendu, moins naturel, donc plus Ă©trange qu’un cor.

Au tout dĂ©but du Sacre du Printemps, Igor Strawinsky met en valeur un basson solo dans l’aigu, particuliĂšrement novateur pour l’époque (Camille Saint-SaĂ«ns en a fait les frais
), loin des situations grotesques ou des ploums-ploums staccato.

Dans “Nosferatu, Une Symphonie de l’Horreur”, Ă  la fin de “Une CitĂ© Mortuaire”, j’utilise des roulements de triangle de façon ironique et sinistre, Ă  l’opposĂ©e des usages plus lumineux rĂ©servĂ©s habituellement Ă  cet instrument.

D’autres usages plus discrets, assimilables Ă  des audaces, mais pour lesquels il faut ĂȘtre conscient du rĂ©sultat rĂ©el :

Au chiffre 20 du dernier mouvement de sa TroisiĂšme Symphonie, Gustav Mahler Ă©crit ses quatre flĂ»tes dans le grave, ff, dans un tutti gigantesque, et il savait ce qu’il faisait ! Quel prof d’orchestration accepterait un tel devoir ?


Toujours dans sa TroisiĂšme Symphonie, dans le cinquiĂšme mouvement peu aprĂšs le chiffre 5, Mahler met une petite intervention de contrebasse solo avec sourdine (doublĂ©e par d’autres instruments, mais le timbre est là !).

On trouverait bien d’autres exemples, et voilĂ  un bon dĂ©but.