“Ô miroir, mon beau miroir !” À propos des notices d’Ɠuvres


Blog “Dans l’Atelier du Compositeur” & “Sculpteur de Notes”

“Ô miroir, mon beau miroir !” À propos des notices d’Ɠuvres


vendredi 27 juin 2014 Ă  16:00, par Alexis SAVELIEF, dans Dans l’atelier du compositeur, Le mĂ©tier de compositeur de musique, RĂ©flexions / Questionnements — ⏱ 2 min.

Du travail et de la discrétion :

Travaillez beaucoup. Mais ne le montrez pas. Ne vous en cachez pas, faites seulement preuve de discrĂ©tion. Si l’on vous pose des questions Ă  ce sujet, rĂ©pondez honnĂȘtement sans en rajouter ni minimiser, mais ne faites jamais remarquer tout le travail impliquĂ© (ceci est valable pour le cĂŽtĂ© artistique, pas commercial, donc ne s’applique pas aux nĂ©gociations de contrat). Donnez l’impression par votre discrĂ©tion que la maĂźtrise, que vous avez acquise, est la chose la plus naturelle au monde et que nul travail n’entrave la spontanĂ©itĂ© de l’instant.

Un musicien qui travaille beaucoup et dont on voit, entend ou sent le travail est un bon technicien. Un musicien qui travaille beaucoup et qui, par son aisance discrĂšte fait oublier la difficultĂ© de son art n’est pas seulement modeste, c’est aussi un bon musicien.

C’est sans doute la raison pour laquelle je dĂ©teste les notices d’Ɠuvres censĂ©es en expliquer le cheminement ou la dĂ©marche, pratique fort rĂ©pandue de nos jours. Il me semble que, si sur le fond, le contenu peut ĂȘtre parfaitement intĂ©ressant, sur la forme les compositeurs font souvent preuve d’une platitude et d’une froideur presque effrayants, les mots n’étant que rarement pour eux un moyen de communication efficace (on peut Ă  ce sujet se rĂ©fĂ©rer avec intĂ©rĂȘt Ă  l’ouvrage de Stephen King, On Writing, qui peut, par certains principes, se transposer Ă  la musique). Laissons les mots aux vrais Ă©crivains et penseurs, ils nous laissent bien nos portĂ©es musicales et nos notes de musique !

Vous l’aurez compris, par notice je ne parle que des textes introductifs, pas des lexiques ou guides de notation, essentiels pour les interprùtes.

D’autre part, si une Ɠuvre nĂ©cessite la connaissance prĂ©alable de « clĂ©s de comprĂ©hension » pour en favoriser l’apprĂ©ciation, je crois qu’elle contredit fortement ce principe de travail/discrĂ©tion/spontanĂ©itĂ©-apparente (Ă©tant entendu : « si vous y souscrivez »). Laissons les personnes intĂ©ressĂ©es et touchĂ©es par votre musique se lancer elles-mĂȘmes dans leurs recherches. Au cours de leurs investigations, oui bien sĂ»r vous pouvez leur donner les clĂ©s qu’elles vous demandent, ou plus exactement leur entrouvrir la porte, mais les « forcer » Ă  subir votre baratin tirĂ© par les cheveux ne peut provoquer dans la plupart des cas qu’un intĂ©rĂȘt superficiel voire contraint. De nos jours il est tellement facile avec Internet de laisser Ă  la disposition de tous des informations qu’ils pourraient trouver utiles.

Un tel article est bien entendu contradictoire par rapport au message qu’il tente de vĂ©hiculer, mais je fais confiance Ă  mes lecteurs pour leur discernement. Et comme je ne suis pas Ă  une contradiction prĂšs


Mise Ă  jour 2021 : Si, conceptuellement, cette rĂ©flexion me semble assez juste, dans le monde dans lequel nous vivons, qui ne se repaĂźt que de chiffres, l’application d’une telle stratĂ©gie de discrĂ©tion toruve trĂšs vite ses limites. Le m’as-tu-vu et le tapageur se cĂŽtoient aujourd’hui dans nos sociĂ©tĂ©s bien plus sĂ»rement que le goĂ»t, le discernement et, hĂ©las, la discrĂ©tion
 Tant pis ! Qu’à cela ne tienne, insĂ©rons-nous dans le monde dans lequel nous vivons, mais ne tombons point sujets aux piĂšges et aux mirages qu’il nous tend