De l’Art et de la technologie : quel rapport Ă  la crĂ©ativité ?

Blog “Dans l’Atelier du Compositeur” & “Sculpteur de Notes”

De l’Art et de la technologie : quel rapport Ă  la crĂ©ativité ?

mercredi 7 mai 2014 Ă  11:11, par Alexis SAVELIEF, dans CrĂ©ativitĂ© musicale, Dans l’atelier du compositeur, RĂ©flexions / Questionnements — ⏱ 2 min.

Dans un monde oĂč nous aurions percĂ© les secrets des connexions neuronales ; dans un monde oĂč la technologie aurait tellement progressĂ© qu’il nous suffirait de nous connecter en wifi Ă  notre propre cerveau ; dans un monde oĂč la puissance de calcul des ordinateurs serait capable de rivaliser avec le dĂ©bit colossal des donnĂ©es cĂ©rĂ©brales. Écartons les problĂšmes Ă©thiques et les dĂ©rives inĂ©vitables de cette technologie ; rĂ©pondons juste “cela dĂ©pend”.

La question Ă©tait : Quelle serait la place de l’art ?

ProblÚmes :

  • interfaçage
  • logiciels capables de capturer tout le flux de pensĂ©es (masse Ă©norme !) et les filtrer (images, sons, idĂ©es abstraites, Ă©motions, sentiments, etc.)
  • capacitĂ© de stockage
  • possibilitĂ©s de traitement
  • drogues “numĂ©riques” (possibilitĂ© d’halluciner uniquement par impulsions Ă©lectriques), possibilitĂ© de vivre un film de l’intĂ©rieur ou d’entendre une musique directement dans notre tĂȘte sans dĂ©ranger nos voisins, tout cela rien que par l’envoi d’impulsions Ă©lectriques au cerveau
  • programmes permettant de charger dans notre cerveau un savoir, qu’il soit un savoir thĂ©orique, Ă©motionnel, ou un savoir-faire
  • programmes internes qui s’exĂ©cutent dans le cerveau, envoyant un message rien qu’en le pensant (attention Ă  la maĂźtrise de ses pensĂ©es ! pour ne pas envoyer un message par manque de discipline alors qu’il s’agissait d’un fantasme ou d’une pensĂ©e parasite)

La question est maintenant : La crĂ©ation artistique deviendrait-elle accessible Ă  Monsieur Tout-le-monde, pourvu qu’il possĂšde le matĂ©riel et les logiciels nĂ©cessaires ?

Ou bien l’art deviendrait-il plus exigeant ? De nos jours l’art repose en partie sur la capacitĂ© Ă  matĂ©rialiser une vision mentale et intuitive. Si demain un sculpteur connecte son cerveau Ă  une imprimante 3D et n’a qu’à presser un bouton “Imprimer” pour voir sa vision se matĂ©rialiser, quelle serait la valeur de son Ɠuvre alors que son voisin peut en faire autant, sans avoir Ă  apprendre la sculpture ou l’esthĂ©tique, juste en chargeant dans son cerveau le savoir-faire, la culture nĂ©cessaires et en appuyant sur “Imprimer en 3D” ?

Ou bien : pour obtenir des donnĂ©es filtrables, traitables et une base de travail rĂ©aliste (une intuition est floue et peu matĂ©rialisable, d’oĂč les tĂątonnements des artistes), l’art n’en deviendrait-il pas au contraire infiniment plus difficile ? À celui qui aurait une discipline mentale extrĂȘme, une concentration hors-pair combinĂ©e Ă  une intuition hors du commun pour produire une image, une idĂ©e ou des sons suffisamment clairs pour ĂȘtre transposables de façon tangible avec le minimum d’interfĂ©rences, et produire en fin de compte autre chose qu’un amas de flou informe ? Quel artiste parvient Ă  concilier l’intuition et l’inspiration avec la rigueur inhumaines de ne devoir penser Ă  rien d’autre ? Je ne sais pas pour vous, mais chez moi il y a toujours une foule d’idĂ©es, de sons, de couleurs, de sensations, de formes et d’abstractions qui flottent comme des fantĂŽmes dans ma tĂȘte puis disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. Parfois pas.

Mais l’art ne serait-il pas alors connectĂ© lui aussi ? Un art qui n’aurait pas de rĂ©alitĂ© tangible dans le concept actuel que nous avons de la rĂ©alitĂ© (qui n’aurait alors plus le mĂȘme sens), un art que l’on se passerait de cerveau en cerveau.

Rien n’est dĂ©finitif.