STOP aux partitions mal prĂ©parĂ©es ! La qualitĂ© de la copie musicale n’est PAS nĂ©gociable !

Blog “Dans l’Atelier du Compositeur” & “Sculpteur de Notes”

STOP aux partitions mal prĂ©parĂ©es ! La qualitĂ© de la copie musicale n’est PAS nĂ©gociable !

vendredi 5 mars 2010 Ă  19:41, par Alexis SAVELIEF, dans Copie musicale, Finale, Gravure musicale, Logiciel de notation musicale, Notation musicale, PrĂ©paration musicale, Sculpteur de notes — ⏱ 3 min.

En tant que violoncelliste, je ne compte plus le nombre de crĂ©ations que j’ai vu passer, rĂ©alisĂ©es avec une partition copiĂ©e Ă  la va-vite, ou si cela se trouve, peut-ĂȘtre mĂȘme pas Ă  la va-vite ! mais graphiquement brouillonne, inharmonieuse


L’un des prĂ©requis, pour une partition de musique, doit ĂȘtre la lisibilitĂ©. Je rĂ©pĂšte : L’un des prĂ©requis, pour une partition de musique, doit ĂȘtre la lisibilitĂ©. En musique Ă©crite, la partition est censĂ©e permettre au musicien de se repĂ©rer aussi aisĂ©ment que possible, dans ce que l’on pourrait comparer Ă  une carte routiĂšre (Jean Poiret et Michel Serrault y avaient d’ailleurs dĂ©jĂ  pensé ). Une Ɠuvre musicalement remarquable peut devenir pĂ©nible pour le musicien si la partition ne satisfait pas Ă  un niveau minimum de qualitĂ©. Il en est en copie musicale comme en (presque) toute chose : un bon travail aura tendance Ă  passer inaperçu, alors qu’un mauvais travail de copie deviendra au contraire cauchemardesque pour vos musiciens !

Je me suis trĂšs souvent trouvĂ© en situation de jouer au violoncelle des piĂšces en crĂ©ation ou en deuxiĂšme ou troisiĂšme audition, et je ne connais malheureusement pas d’exception : toutes les partitions Ă©taient graphiquement “vides” (ici aucune allusion n’est faite Ă  la qualitĂ© intrisĂšques des Ɠuvres, on se contente de parler du cĂŽtĂ© graphique de la copie musicale, mĂȘme pas du manuscrit ou des choix de notation du compositeur). Pas de personnalitĂ©, pour certaines, extrĂȘmement brouillonnes et Ă  la limite du lisible, pour d’autres : Bref ! du travail d’amateur, fait “en gros”, sans raffinement, sans style. C’est normal et mĂȘme attendu, dirais-je, vu le peu de considĂ©ration apportĂ©e Ă  la notation musicale pendant les cursus en conservatoire.

ProblĂšme aggravant : avec la popularisation des micro-ordinateurs, la copie musicale devient Ă  la portĂ©e de tous, mais en thĂ©orie seulement, car quel que soit le logiciel de notation musicale qui est le vĂŽtre, que vous utilisiez Finale, Sibelius, Encore, Score, Berlioz, LilyPond, NoteAbility Pro ou je ne sais quel autre encore, l’Ɠil et le bon sens restent des Ă©lĂ©ments indispensables, Ă  marier avec beaucoup de perfectionnisme, et encore davantage de patience !.

DĂ©jĂ , les logiciels — peut-ĂȘtre LilyPond mis Ă  part — n’ont qu’une implĂ©mentation technologiquement bien imparfaite des rĂšgles de gravure musicale, art tellement raffinĂ© et subtil, qu’il nĂ©cessite l’intervention humaine pour atteindre des sommets. Il convient donc de connaĂźtre les rĂšgles, innombrables, un bon dĂ©but pourrait ĂȘtre le site de l’Association des Éditeurs de Musique des États-Unis.

À cela, il convient d’ajouter vos propres rĂšgles, pour vous crĂ©er un style : par exemple, personnaliser dans Finale les polices d’écriture utilisĂ©es selon les signes, les textes, etc. Dans une partition d’orchestre, dĂ©finir si vous optimiserez les portĂ©es vides ou pas (ce que je conseille dans la plupart des cas, sauf peut-ĂȘtre pour la musique de film oĂč tout doit ĂȘtre lu immĂ©diatement sans avoir le temps pour le chef d’étudier le conducteur, ainsi que pour les piĂšces Ă  petite formation, avec seulement quelques portĂ©es). HiĂ©rarchiser l’emploi des crochets, accolades, etc. Aligner parfaitement les crescendo/diminuendo lorsque plusieurs portĂ©es ont les mĂȘmes variations de nuances, les commencer et les terminer prĂ©cisĂ©ment Ă  l’endroit souhaitĂ©. Utiliser le minimum de lignes pour les portĂ©es de percussion Ă  sons indĂ©finis.

Bref, beaucoup de points sur lesquels rĂ©flĂ©chir, probablement une Ă©volution constante, mais Ă©tant donnĂ© que le compositeur doit malheureusement copier de plus en plus ses partitions lui-mĂȘme, mieux vaut connaĂźtre un minimum le mĂ©tier de copiste pour crĂ©er des partitions d’exception — et si vous pouvez vous offrir le luxe de faire copier vos partitions de musique, vous saurez comment choisir un copiste, et quoi exiger (dans la limite du raisonnable, cela va de soi) ! Une fois encore, un dĂ©tail j’en conviens, mais s’y tenir vous place instantanĂ©ment au-dessus du lot.

Ceci Ă©tant dit, il est parfaitement comprĂ©hensible, dans les cas d’un planning serrĂ©, de livrer des partitions correctes mais sans plus. Je pense notamment Ă  la musique de film et plus gĂ©nĂ©ralement Ă  la musique commerciale et aux musiques Ă  l’image. À l’inverse, une partition tout juste acceptable est irrecevable dans le cas d’une Ɠuvre destinĂ©e Ă  ĂȘtre rĂ©pĂ©tĂ©e pour un concert, voire Ă©ditĂ©e.

On pourrait donc dire, un peu pompeusement, que la “copie musicale” c’est l’utilitaire, c’est rĂ©aliser des partitions correctes, alors que la “gravure musicale”, c’est de l’art, c’est (plusieurs) niveaux au-dessus !