DĂ©finition : DiffĂ©rence entre “instrumentation” et “orchestration”

Blog “Dans l’Atelier du Compositeur” & “Sculpteur de Notes”

DĂ©finition : DiffĂ©rence entre “instrumentation” et “orchestration”

jeudi 5 novembre 2009 Ă  19:11, par Alexis SAVELIEF, dans Dans l’atelier du compositeur, Instrumentation, Instrumentation & Orchestration, Orchestration — ⏱ 2 min.

Aujourd’hui, une histoire de dĂ©finition. Mettons au clair la diffĂ©rence entre “instrumentation” et “orchestration”, car les deux termes, souvent confondus, ne sont pourtant pas interchangeables !

Le mieux, si vous avez cet excellent ouvrage, est d’ouvrir le livre Ravel, Souvenirs de Manuel Rosenthal, recueillis par Marcel Marnat, publiĂ© chez Hazan, Ă  la page 77. Manuel Rosenthal y raconte comment Maurice Ravel, au dĂ©tour d’une remarque, lui a fait comprendre la diffĂ©rence, parfois subtile, mais essentielle, entre ces deux termes. En somme pour Maurice Ravel, orchestrer c’est tromper l’auditeur !

Pour l’expliquer avec mes propres mots, disons que l’instrumentation est la sous-partie purement thĂ©orique de l’orchestration, englobant en particulier les tessitures d’instruments et leurs limites techniques (respiration, coups d’archets, effets spĂ©ciaux, etc.). Cela pourrait donc se rĂ©sumer simplement, en disant qu’il s’agit de la connaissance des instruments et de leurs particularitĂ©s.

De l’autre cĂŽtĂ©, l’orchestration est le versant applicatif, qui se compose non seulement de l’instrumentation — dont on ne saurait se passer —, mais aussi d’une partie plus intuitive, plus crĂ©ative, plus empirique. C’est cet aspect-lĂ  prĂ©cisĂ©ment, cette deuxiĂšme facette, qui consiste Ă  assembler, dans un contexte musical, les diffĂ©rentes briques acquises en instrumentation, car ces briques n’ont en elle-mĂȘme aucune valeur artistique et musicale intrinsĂšque, si ce n’est le savoir pur. C’est bien lĂ  qu’entre en jeu l’habiletĂ© du compositeur, car chacun adapte l’orchestration Ă  sa sensibilitĂ©, avec plus ou moins d’imagination et de savoir-faire. C’est aussi l’usage que chacun fait de cet assemblage, qui dĂ©finit une partie du style d’orchestration d’un compositeur. L’orchestration est donc l’un des Ă©lĂ©ments constitutifs de la personnalitĂ© et de l’originalitĂ© (ou non) d’un compositeur : son style, ses “tics” d’orchestration, Ă©ventuellement ses “incorrections”, etc. ; tout cela participe Ă  l’établissement et Ă  la construction d’un langage plus ou moins inventif, plus ou moins inspirĂ©, en somme, d’un idiome crĂ©atif propre.

Pour utiliser une mĂ©taphore avec une analogie de cuisine, on pourrait dire que l’instrumentation ce sont les ingrĂ©dients, et l’orchestration la recette qui permet d’en faire un plat cuisinĂ©, dans lequel on ne discernera plus seulement tel ou tel ingrĂ©dient en particulier, mais aussi de nouvelles saveurs, inĂ©dites, nĂ©es de l’agencement de ceux-ci.

Pour finir par une sorte d’épanadiplose, terminons avec un exemple tout proche de celui choisi par Maurice Ravel pour illustrer sa dĂ©finition : si vous mettez des pizz., il s’agit plutĂŽt d’instrumentation, mais si vous doublez ces pizz. avec un cor en sons bouchĂ©s, vous commencez alors Ă  faire de l’orchestration.