“Le Tombeau de Dracula”

pour grand orchestre symphonique & chƓur mixte

Ɠuvre hors-catalogue
Cette Ɠuvre ne fait pas partie du catalogue. Certaines Ɠuvres de jeunesse ou marginales ne font pas partie du catalogue des Ɠuvres de Alexis Savelief. Elles ne figurent ici que pour des raisons d’exhaustivitĂ©.
dessin d’enfant d’un chĂąteau mystĂ©rieux perchĂ© sur une colline, par fin d’aprĂšs-midi ensoleillĂ©
“Le Tombeau de Dracula”
pour grand orchestre symphonique & chƓur mixte
AS #0a-2000/2003
Informations

AnnĂ©es de composition : 2000-2003 (rĂ©v. : 2006)

DurĂ©e : 20’

Nomenclature : 3 Fl. (1° aussi Pte Fl.) / 2 Htb. / C.A. / 2 Cl. / Cl. B. / 2 Sax. S. / 3 Bsn (3° aussi Ctbsn) / 4 Cors / 3 Trp. / 3 Trb. (3° Trb. B) / Tuba Ctb. / Timb. / 6 Perc. / Hpe / Pno (aussi Synth.) / CĂ©l. / ChƓur (S.A.T.B.) / 16 Vl. I / 14 Vl. II / 12 A. / 10 Vlc. / 8 Ctb.

Écouter
Présentation

“Le Tombeau de Dracula” est une suite pour grand orchestre symphonique et chƓur mixte, dont le principal intĂ©rĂȘt est de mettre en Ă©vidence l’évolution de mon style dans mes jeunes annĂ©es et les changements dans mon langage musical entre 1999 et 2002.

L’ordre de composition est diffĂ©rent de l’ordre d’exĂ©cution — les piĂšces ont Ă©tĂ© d’abord Ă©crites et crĂ©Ă©es indĂ©pendamment :

  • “La Mort de Dracula”, construit Ă  partir de trois thĂšmes trĂšs simples, est ma toute premiĂšre Ɠuvre, composĂ©e de novembre 1999 Ă  avril 2000, et crĂ©Ă©e les 16 et 19 mai 2000 Ă  Nanterre puis Ă  Gennevilliers, par l’Orchestre TroisiĂšme Cycle de l’ENM de Gennevilliers placĂ© sous la direction de Fabrice Parmentier. Une trĂšs courte « version d’essai » de 26 mesures avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© donnĂ©e le 10 dĂ©cembre 1999, lors d’un concert de musique contemporaine du conservatoire de Gennevilliers. Cette piĂšce doit ĂȘtre exĂ©cutĂ©e en deuxiĂšme position.
  • “Dracula” est ma deuxiĂšme piĂšce, Ă©crite de mai Ă  dĂ©cembre 2000, puis crĂ©Ă©e le 26 janvier 2001 Ă  Gennevilliers par l’Orchestre TroisiĂšme Cycle de l’ENM de Gennevilliers dirigĂ© par Philippe Nahon. Cette partition est Ă©tonnamment contemporaine, Ă©tant donnĂ© mon Ăąge Ă  l’époque et le trĂšs court laps de temps la sĂ©parant de “La Mort de Dracula”. C’est dans cette piĂšce que l’on trouve les premiers rudiments de mon style musical, qui resteront et Ă©volueront dans mes piĂšces ultĂ©rieures. Il s’agit du premier morceau de la suite.
  • “Finale”, dont l’écriture m’a pris deux ans, est comme son nom l’indique destinĂ©e Ă  clore le cycle. L’orchestre se gonfle pour les besoins de cette piĂšce, auquel s’ajoute un chƓur mixte, et le style musical redevient plus accessible que celui de “Dracula”. La CrĂ©ation de cette piĂšce a eu lieu les 28 mars et 3 avril 2003 Ă  Argenteuil puis Ă  Gennevilliers, par l’Orchestre TroisiĂšme Cycle de l’ENM de Gennevilliers dirigĂ© par Thierry Rose, avec le chƓur Edgar-VarĂšse, la chorale Vittoria d’Argenteuil, et le chƓur du lycĂ©e Renoir.

En 2006, j’ai rĂ©visĂ© ces trois piĂšces et je les ai rĂ©unies en un cycle, “Le Tombeau de Dracula”, surmontant chacune d’elles d’une citation extraite du roman “Dracula” de Bram Stoker. À cette occasion, j’ai harmonisĂ© la taille de l’orchestre (par exemple en rĂ©duisant les six cors de “Dracula” Ă  seulement quatre, mais en ajoutant du cĂ©lesta ainsi qu’un chƓur dans “La Mort de Dracula” et “Dracula”), et apportĂ© quelques modifications plus ou moins lĂ©gĂšres Ă  l’orchestration. J’ai aussi insĂ©rĂ© deux mesures dans “La Mort de Dracula”, et supprimĂ© des passages entiers de “Dracula” pour en Ă©crire de nouveaux.

Voici les textes Ă©crits Ă  l’époque de la composition. Ils font donc rĂ©fĂ©rence Ă  la premiĂšre version de ces piĂšces. Ces textes, maintenant datĂ©s, sont assez rĂ©barbatifs !

I. Dracula
AS #0aB-2000
« Devant moi, se tenait un grand vieillard, rasĂ© de frais, si l’on excepte
la longue moustache blanche, et vĂȘtu de noir des pieds Ă  la tĂȘte, complĂštement
de noir, sans la moindre tache de couleur nulle part. » — Bram Stoker, “Dracula”

Le morceau commence avec des trĂ©molos de cordes, de la harpe, et des pizz. de violoncelles et contrebasses qui symbolisent les douze coups de minuit si on les compte, superposĂ©s avec un thĂšme confiĂ© Ă  la flĂ»te. L’orchestre s’estompe, laissant place au violon solo, et au marimba, avant que n’entrent les violons, divisĂ©s sur la mĂȘme note mais en trĂ©molos ou jeu ord., avec des notes menaçantes (un intervalle de quarte augmentĂ©) aux basses. Suit alors le cor anglais dans un thĂšme Ă©tant une variation du premier, avant que tout l’orchestre en doublures n’énonce quatre notes agressives. La tension se met alors Ă  monter rapidement jusqu’à un fouillis orchestral (« le plus vite possible »). Une agitation prend place, avec les basses et les cuivres se rĂ©pondant, menaçants, avec des quartes augmentĂ©es (que les violons et altos jouent Ă©galement, en trĂ©molos d’harmoniques), le tout rehaussĂ© par les percussions. Un Ă©lĂ©ment Ă©trange en triples croches prend place, Ă©voquant pour moi les forĂȘts de sapins de Transylvanie, et aussi un peu l’eau. L’élĂ©ment suivant, avec les glissandos harmoniques et le picolo, est sensĂ© reprĂ©senter la capacitĂ© de Dracula de pouvoir se changer en brouillard. AprĂšs le choral de cuivres, un nouveau thĂšme est confiĂ© au vibraphone et Ă  la harpe, avec les cordes leur rĂ©pondant. Puis Dracula apparaĂźt (ces quelques mesures Ă©taient composĂ©es dĂšs janvier 2000), et aprĂšs avoir soulagĂ© sa soif, laisse une nouvelle fois place au choral de cuivres, cette fois-ci avec la sourdine. Suit un Ă©lĂ©ment de transition, avant de revenir au thĂšme Ă©noncĂ© peu avant, enchaĂźnant avec le premier thĂšme, accompagnĂ© par les cordes en trĂ©molos d’harmoniques. Enfin, les cordes se livrent Ă  des gettatos en col legno, qui reprĂ©sentent une invasion de criquets, dont Dracula sait prendre l’apparence, tandis que les bois varient le thĂšme initial. Enfin, le morceau s’achĂšve avec cinq mesures, « en se perdant » 

En fait, j’avais composĂ© ces cinq derniĂšres mesures dĂ©but janvier 2000 (ou fin dĂ©cembre 1999), soit avant mĂȘme l’orchestration de “La Mort de Dracula”, avant d’y revenir maintes fois pour aboutir Ă  ce que l’on peut entendre. Je me souviens que l’orchestration de ces quelques mesures m’avait posĂ© problĂšme initialement, c’est pourquoi je les avais orchestrĂ©es avant tout le reste, juste avant l’élĂ©ment des forĂȘts de Transylvanie, c’est-Ă -dire en juin ou juillet 2000. La majoritĂ© du morceau a Ă©tĂ© Ă©crite sous forme d’esquisses sur plusieurs portĂ©es, sans passer par le piano.

II. La Mort de Dracula
AS #0aA-2000
« Comme je le regardais, ses yeux aperçurent le soleil déclinant et son regard
haineux eut une lueur de triomphe. Mais, Ă  la seconde mĂȘme, surgit l’éclat du grand
couteau de Jonathan. Je jetai un cri en le voyant trancher la gorge. Et au mĂȘme moment, le
coutelas de Mr. Morris pĂ©nĂ©tra en plein cƓur. » — Bram Stoker, “Dracula”

La trompette dĂ©bute le morceau (comme dans la “CinquiĂšme Symphonie” de Malher ou les “Tableaux d’une Exposition” de Moussorgsky orchestrĂ©s par Ravel) avec le gong thaĂŻlandais, faisant office de glas. Les cordes et le hautbois reprennent le thĂšme, puis la trompette fini ce qu’elle avait entrepris, accompagnĂ©e cette fois-ci, non seulement du gong, mais aussi du cor. À partir de ce moment, l’orchestre s’étoffe peu Ă  peu en une variation, jusqu’à la fin de la premiĂšre section, achevĂ©e par des harmoniques aux cordes, en quarte pour les rendre plus froids. Le second thĂšme est confiĂ© au cor anglais, accompagnĂ© par un orchestre trĂšs lĂ©ger, puis soudainement, les cors, l’Enfer, avec le troisiĂšme thĂšme en pizz. aux violons et altos. S’ensuit un Ă©lĂ©ment de transition, assez froid au dĂ©but, puis qui introduit au tutti reprenant le thĂšme initial, bientĂŽt divisĂ© avec les violons et enchaĂźnant avec des Ă©lĂ©ments trĂšs « musique de films amĂ©ricaine » aux cors. L’élĂ©ment de transition reparaĂźt, transposĂ©, et l’orchestre devient moins dense — jeu de timbres, contrebasse en pizz., cor solo et bois — pour deux mesures avant qu’un mouvement de balancier ne s’instaure aux violons et altos. Le second thĂšme Ă©merge de nouveaux avec un trĂ©molo grosse-caisse/tam-tam grave figurant les entrailles de la terre. Les cors reprennent la suite, avec la harpe, le xylophone, et des harmoniques au violoncelle solo faisant penser Ă  un envol (de l’« ùme » de Dracula ?), et enfin, la harpe Ă©merge d’un coup de tam-tam grave, avec le thĂšme prĂ©cĂ©dent en variations, aux bois, et la grosse-caisse prolonge la rĂ©sonance du tam-tam, la fin, l’apocalypse, tandis que les cordes exĂ©cutent des glissandos descendant, puis la trompette amĂšne aux pizz. des pupitres de violoncelles et contrebasses surmontĂ©s de grosse-caisse, de tam-tam, de gong thaĂŻlandais, et le morceau s’achĂšve dans leur rĂ©sonance.

III. Finale
AS #0aC-2003
« Pour la joie de ma vie entiĂšre, au moment de la dissolution suprĂȘme, une
expression de paix se rĂ©pandit sur ce visage oĂč, jamais, je n’aurai cru que pĂ»t
apparaĂźtre rien de tel. » — Bram Stoker, “Dracula”

Le morceau commence dans une ambiance trĂšs mystĂ©rieuse, avec les vents, et un peu de percussion, le tout dans le registre mĂ©dium uniquement, plus avec des accords qu’avec une vĂ©ritable mĂ©lodie. Les basses prennent le relais un court instant, puis l’élĂ©ment initial refait son apparition. Les altos lui apportent alors une couleur un peu plus chaude. Peu Ă  peu, des instruments se greffent, et un grand crescendo s’amorce, tandis que les cuivres commencent Ă  dominer. Une incursion en majeur se fait alors, et tout l’orchestre s’agite, jusqu’à des cascades rĂ©parties Ă  tout l’orchestre et fonctionnant par relais, du grave Ă  l’aigu, et vice-versa. Un paroxysme atteint, le chƓur entre avec le thĂšme initial tandis que l’orchestre se dĂ©sagrĂšge assez brutalement. Une nappe de violons en trĂ©molos dans l’aigu, vibraphone en trĂ©molos, timbales en roulement pianissississimo, et altos et clarinettes se complĂ©tant s’installe sous le chƓur. Peu Ă  peu, l’orchestre s’étoffe de nouveau en mĂȘme temps que l’atmosphĂšre devient encore plus solennelle, et le thĂšme se dĂ©veloppe. Une incursion en majeur a de nouveau lieu, avec domination des cuivres. La tension instaurĂ©e retombe dans un motif aux couleurs sombres. AprĂšs un point d’orgue, la premiĂšre section s’achĂšve. Un thĂšme beaucoup plus lointain et lĂ©ger en do majeur est prĂ©sentĂ© aux cordes, puis le chƓur (doublĂ© par les clarinettes et les cloches) entre de nouveau, dans un contrechant quasi-diatonique, tandis que les cordes rĂ©pĂštent leur thĂšme en crescendo. Des vents entrent puis laissent pour la quatriĂšme reprise la place Ă  des contrechants de clarinettes, cor solo, et bassons. Une transformation en la b majeur a lieu, Ă©clairĂ©e par un roulement de triangle. L’élĂ©ment se transforme encore en mi b majeur, orchestrĂ© un peu « pompier », comme les grands tutti des musiques de films amĂ©ricaines. Suit un choral de cuivres, et un Ă©lĂ©ment un peu « magique » et mystĂ©rieux, voire inquiĂ©tant de par les cors bouchĂ©s et la trompette avec sourdine sĂšche, formant un accord mineur avec septiĂšme majeure, rĂ©putĂ© inquiĂ©tant (“Psychose”). À ce moment, le motif dominant est un dĂ©rivĂ© du troisiĂšme thĂšme de “La Mort de Dracula”. Le choral de cuivres reprend, avec le cor anglais, et aboutit Ă  une transformation du susdit thĂšme, plus triste que l’original (adaptĂ© Ă  l’harmonie du “Finale” en fait, qui est plus proche de celle de “Dracula”), avec vibraphone, cloches, harpe, cĂ©lesta, et une nappe constituĂ©e par le reste de l’orchestre, avant d’ĂȘtre confiĂ© aux vents avec une pĂ©dale de timbales. Un motif vaguement dĂ©rivĂ© du motif de transition de “La Mort de Dracula” apparaĂźt Ă  la flĂ»te, tandis que le thĂšme prĂ©citĂ© se poursuit en pizz. aux violons, altos, harpe, jeu de timbres, clarinettes, et hautbois. Les violons I reprennent de nouveau le motif en doublant la flĂ»te, et le saxophone soprano propose un contrechant, tandis que jeu de timbres, cloches, mark tree, harpe, cĂ©lesta, flĂ»te 1 et clarinettes proposent un Ă©lĂ©ment plus « scintillant ». Pendant ce temps, le chƓur (doublĂ© par cors et trompettes) rentre mystĂ©rieusement, mais en crescendo, avec une variation des accords du thĂšme initial, et les basses commencent Ă  s’agiter. Le thĂšme principal reparaĂźt, les basses Ă©tant plus Ă©nergiques qu’au dĂ©but et, le majeur refait une incursion, rayonnant par les cuivres, les cloches et le jeu de timbres, la flĂ»te, ainsi que les basses, qui « ouvrent » plus qu’à tout autre moment la mĂ©lodie : c’est le point culminant. Enfin, le dramatique reprend le dessus dans la musique, tandis que l’orchestre au grand complet chute vers la mineur, dans une orchestration un peu musique de films, et un peu deuxiĂšme mouvement de la “CinquiĂšme Symphonie” de Malher. Enfin, tout l’orchestre joue un accord trĂšs dissonant (la - si - do - ré # - mi - fa - sol #) qui, rĂ©pĂ©tĂ© trois fois, conclut le morceau fortississimo dans un climat trĂšs tendu.

Pour simplifier un peu l’analyse de la piĂšce, on peut rĂ©sumer en observant que la piĂšce est divisĂ©e en deux grandes parties d’une durĂ©e Ă©quivalente de quatre minutes et demie environ chacune :

  • A (Mes. 1 Ă  33) : Exposition du thĂšme Ă  l’orchestre seul — durant toute la « montĂ©e de la sauce », il commence Ă  s’imposer
  • A’ (Mes. 34 Ă  42) : Le chƓur entre en reprise du thĂšme
  • B (Mes. 43 Ă  66) : DĂ©veloppement du thĂšme puis conclusion de la premiĂšre partie
  • C (Mes. 67 Ă  70) : Exposition du deuxiĂšme thĂšme en crescendo
  • C’ (Mes. 71 Ă  97) : DĂ©veloppement du deuxiĂšme thĂšme
  • D (Mes. 98 Ă  114) : Peu Ă  peu, le deuxiĂšme thĂšme variĂ© se superpose Ă  un contrepoint constituĂ© par une rĂ©miniscence du thĂšme de “La Mort de Dracula”, puis se greffe encore le thĂšme principal.
  • B’ (Mes. 115 Ă  129) : Le thĂšme principal, variĂ©, redevient prĂ©dominant, puis la piĂšce s’achĂšve en Ă©cho (pourtant plus important que ce qui l’a engendrĂ© !) de la fin de la premiĂšre partie.
Alexis Savelief
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